Historique risque

Guy Robin, référent "Maîtrise du risque" de l'équipe municipale, retrace l'évolution des risques dans nos sociétés.

L’Histoire reste la mémoire de l’Homme. Elle constitue son trésor d’un savoir particulièrement volatil quand il s’agit de « mauvais souvenirs ».
Ne dit on pas que « l’histoire se renouvelle sans cesse », pour exprimer que nous réitérons souvent les mêmes erreurs sans apprendre à profiter des expériences passées ? Vrai ou faux ?

Probablement les deux :

- vrai si on ne répète pas constamment les mêmes leçons à ceux susceptibles de commettre les mêmes erreurs

- faux si on accepte de prendre un recul suffisant (mais parfois si considérable)

- faux si on regarde objectivement les progrès fantastiques de la législation, des prises de conscience, de l’organisation administrative, des techniques, etc.

- vrai si on examine l’application pratique résiduelle de cette prise de conscience dans le réel Au moins l’esprit progresse. Nous recommandons au lecteur de se rapprocher du site officiel du Ministère Chargé de l’Environnement dit « ARIA » pour disposer des informations les plus fraîches possibles.

Voici quelques données illustrant la progression réalisée et celle encore à espérer :

XVIIIe siècle

septembre 1794 : La poudrerie de Grenelle explose à Paris en pleine zone urbaine, après la mise en place de nouvelles méthodes de travail permettant d'augmenter sa capacité de production. Un millier de victimes est dénombré parmi les employés et la population riveraine. Les secours aux victimes et la reconstruction des maisons suscitèrent un immense élan de solidarité au sein de la population parisienne. À la suite de cette catastrophe, la prise de conscience des risques que peuvent créer les activités de nature industrielle a contribué au fondement de la réglementation française sur les établissements dangereux par le décret impérial de 1810.

XIXe siècle

En 1867 et 1885 : 2 « coups de grisou » totalisent plus de 100 morts

XXe siècle

10 mars 1906 : la plus importante catastrophe minière d'Europe, dite Catastrophe de Courrières du nom de la compagnie minière qui exploitait alors le gisement de charbon, fait 1099 morts. L'émotion qui s'ensuivit est à l'origine d'un vaste mouvement de grève qui déboucha sur l'instauration du repos hebdomadaire. À partir de cette époque, les lampes à feu nu seront bannies.

décembre 1930 : à Engis près de Liège en Belgique, une combinaison d'inversion de température et de concentration de gaz polluants fit une soixantaine de morts et incommoda des milliers de personnes. Pour vous, souvent encore contemporains du XXème siècle, est-il nécessaire d’évoquer l’explosion de cargos chargés de munitions dans la baie de San Francisco, les ruptures de barrages hydroélectriques (Malpasset en France, Vajont en Italie, …), les explosions accidentelles de missiles et autres engins nucléaires, les explosions de raffineries et de pétroliers, les innombrables séquences dramatiques dues à des erreurs de manipulation, des circonstances défavorables et peut être un peu de hasard dans l’activité industrielle, les transports ferroviaires ou maritimes, etc. etc. Avant chacun de ces drames, n’aurait-on pu entendre dire « ce scénario est impossible, il y a sûrement quelqu’un qui a déjà pensé à prendre toutes les mesures nécessaires … ».
Après, on réentend dire, presque systématiquement, « plus jamais cela ! », comme si cette interjection désolante constituait en soi une réponse … Pour ceux que le sujet intéresse, nous vous proposons une synthèse du phénomène « SEVESO », lequel restera sûrement encore longtemps une référence, et son exploitation de nos jours. ---------- lien hypertexte sur le document PDF -------------

Et au XXIe siècle, cela s’arrange-t-il ? (source ARIA)

  • Explosion et incendie d'un réacteur dans une usine chimique, à Oudalle (76), le 17 avril 2003
  • Rejet d'acide chlorhydrique par le trou d'homme d'un réservoir de chlorure de benzoyle à Persan (95), le 5 février 2002.
  • Explosion d'un wagon-citerne de gaz toxique à Riverview (USA), le 14 juillet 2001
  • Dégagement d'un nuage de dichlorure de soufre lors d'un démarrage de procédé. Castleford (Royaume Uni), le 20 janvier 2000
  • Incendie d'une usine fabriquant des colles à Haguenau (67), le 8 décembre 2000
  • Rupture d'une cellule de stockage dans un silo à Vailly-sur-Aisne (02) le 20 septembre 2002
  • Rupture d'une cellule de sockage dans un silo à Jussy (02) le 20 octobre 2002
  • Eclatement de hublots dans une brasserie à Champigneulles (54), les 17 et 18 janvier 2002
  • Série d'explosions sur des cuves d'alcool d'une distillerie à Lilers (62), le 3 septembre 2001.
  • Fuite d'ammoniac dans une laiterie à Saint-Saviol (86), le 29 août 2001.
  • Explosion de poussières dans un silo à Albert (80), le 14 mai 2001.
  • Accident mortel du à une asphyxie par du H2S à Baupte (50), le 15 février 2001.
  • Apparition de légionella dans le circuit de refroidissement d'une sucrerie à Sillery (51) le 30 Novembre 2000
  • Explosion d'un réservoir d'alcool dans une sucrerie / distillerie à Villette-sur-Aube (10), le 24 juillet 2000
  • Etc. etc.

Trop en dire nuit autant que ne pas en dire assez. Pris « au hasard » un extrait de rapport de synthèse d’ARIA, à propos d’un secteur d’activité (mais on peut facilement généralisé) : « La chimie fine présente ainsi de nombreuses spécificités parfois à l'origine d'accidents singuliers mettant essentiellement en cause une organisation défaillante et des erreurs humaines.
Cette synthèse sera donc essentiellement orientée sur l'importance de ce facteur organisationnel et humain omniprésent dans de nombreux accidents répertoriés dans ce secteur d'activités ». … « L'évocation des accidents met en lumière de nombreux thèmes sur lesquels les textes réglementaires insistent fortement.
Force est de constater que ces défaillances ne sont pas spécifiques à la chimie fine mais très souvent transposables à la grande majorité des activités industrielles.
Au fil des années, on note que plus l'analyse des causes est poussée, plus le facteur humain et organisationnel ressort dans les causes profondes. Il faut inciter les employés à transmettre les informations sur les "erreurs" ou "anomalies reconnues" pour favoriser le retour d'expérience. Le succès de cette démarche repose sur la concertation et la participation de l'ensemble des acteurs (direction, ingénieurs, techniciens, opérateurs…).
Une implication forte de chaque échelon de l'entreprise et une organisation appropriée conditionnent aussi l'efficacité de ce dispositif. »

Nous ajouterons, bien humblement, qu’une écoute des candides (sur le plan technique, mais pas forcément sur le plan méthodologique) dans le cadre d’une relation ouverte peut aussi se révéler une collaboration efficace pour tout le monde

Guy Robin

Creasit, création site internet Nantes 44